Cet énoncé qu’aucun renseignement n’accompagne, ni de la part de Gozzi, ni de celle de Gœthe ou de Schiller, et qui pose le problème sans le résoudre, avait de quoi tourmenter.
Car celui qui affirmait — me répétais-je toujours — par ce nombre restreint une loi si fortement synthétique, avait justement l’imagination la plus fantasque : ce Gozzi, c’était l’auteur de Turandot et du Roi Cerf, deux œuvres, or, presque sans analogues, l’une sur la situation de l’Énigme et l’autre sur les phases de la métempsycose ; c’était le créateur d’un système dramatique, du fiabesque, et, par lui, l’esprit arabe chez nous transfusé, ont pu naître Hoffmann, Jean-Paul Richter et Poe.
Encore l’exubérance du Vénitien m’aurait-elle, peut-être, fait douter, puisqu’une fois lancé ce chiffre de 36, il s’était tu…
Mais l’ardent et sévère kantien, Schiller, le prince des esthéticiens modernes et le maître du drame vraiment historique, ne s’était-il pas, à son tour, devant ce précepte, « donné beaucoup de peine » (et de la peine d’un Schiller !), y ajoutant ainsi pour nous l’autorité de sa critique puissante et de sa riche mémoire ? M’objectais-je alors, pour hésiter, le seul point commun aux deux poètes, un goût vif de l’abstrait, — Gœthe, antipode exact du systématisme, esprit d’observateur, et qui, sa vie durant, évolua, m’apparaissait, méditant encore l’obsédant sujet, — bien des années après la mort de Schiller, bien des années après leurs fécondes causeries, et à l’époque où s’achevait Faust, cette suprême combinaison des éléments les plus contrastés.